De DGA à entrepreneur :
ce que j'ai gardé, ce que j'ai abandonné.
Passer d'une Direction Générale Adjointe à l'entrepreneuriat n'est pas un changement de poste. C'est un changement de monde.
Pendant 25 ans, j'ai exercé dans le cadre de structures établies — équipes, processus, légitimité institutionnelle.
En lançant ACTUKO, j'ai dû repenser ce qui se transposait, ce qui se réinventait, et ce qui devait être abandonné sans regret.
Dans cet article
- Ce que j'ai gardé : la rigueur de pilotage
- Ce que j'ai gardé : l'exigence du livrable
- Ce que j'ai abandonné : la culture de la réunion
- Ce que j'ai aussi abandonné : la légitimité héritée de l'organigramme
- Ce que j'ai dû apprendre en repartant de zéro
- Pourquoi cela compte pour ceux que j'accompagne
- Questions fréquentes
Ce que j'ai gardé : la rigueur de pilotage
La première chose que j'ai gardée, c'est la discipline du pilotage par les chiffres. Pas par fétichisme — par habitude vitale.
Dans un grand groupe, on ne survit pas à un comité de direction sans indicateurs solides, sans trajectoire claire, sans diagnostic chiffré.
Cette exigence ne disparaît pas en devenant indépendant. Elle change d'échelle.
Concrètement, dès les premiers mois, j'ai mis en place un tableau de bord mensuel — chiffres d'affaires prévus / réalisés, pipeline commercial, marge brute, taux de transformation, temps facturable réel. 5 lignes, suivies religieusement. Beaucoup de consultants indépendants ne le font pas. C'est l'une des principales raisons pour lesquelles ils n'arrivent pas à monter en gamme : ils ne savent pas où ils vont parce qu'ils ne mesurent pas d'où ils viennent.
La taille d'une organisation ne change pas le besoin de pilotage. Elle change juste l'audience à qui on rend des comptes. Quand on est seul, l'audience, c'est soi-même — et c'est souvent la plus exigeante.
Ce que j'ai gardé : l'exigence du livrable
Deuxième chose gardée intacte : l'exigence sur le livrable final. Quand on a passé des années au contact de clients exigeants, on développe un réflexe : un livrable doit pouvoir être lu, compris et utilisé par quelqu'un qui n'a pas assisté à sa conception.
Cette exigence se traduit chez ACTUKO par une règle simple : aucun livrable client ne part sans être relu, structuré, et accompagné d'une synthèse exécutive. Un rapport, une formation, une stratégie, une vidéo — peu importe le format. Le destinataire doit pouvoir l'utiliser et l'exploiter rapidement.
Les habitudes de pilotage et d'exigence prises en grande entreprise sont un actif rare quand on entreprend.
Beaucoup de profils techniques les sous-estiment.
Ce que j'ai abandonné : la culture de la réunion
En entreprise, en CODIR, on passe une part importante du temps en réunion : réunions de pilotage, points hebdomadaires, comités de projet, revues budgétaires, réunions de services, réunions commerciales... C'est un peu une tradition en entreprise ... mais ça devient souvent un coût (en temps et en finance). Chaque heure passée en visio est une heure qui n'est pas facturée, pas vendue, pas livrée.
D'après une étude APEC publiée en 2024, les cadres dirigeants français passent en moyenne 23 heures par semaine en réunions ou visios. [1]
J'ai donc abandonné :
- Les réunions « pour faire le point » sans ordre du jour précis
- Les réunions client où ma présence n'apportait rien ou n'était pas indispensable
- Le réflexe de répondre « OK pour visio » avant d'avoir évalué la nécessité réelle
- Les déjeuners commerciaux sans agenda explicite (un appel de 20 minutes vaut mieux qu'un déjeuner de 2 heures et d'un trajet de 2h soit 4h !)
J'ai aussi abandonné : la légitimité héritée de l'organigramme
Deuxième renoncement, plus profond : la légitimité qui vient du poste. En tant que Directeur Général Adjoint, quand j'arrivais en réunion, je n'avais pas à expliquer pourquoi mon avis comptait. Mon poste suffisait souvent, aussi bien en externe qu'en clientèle ou avec des fournisseurs. En entrepreneuriat, ce n'est plus le cas. La légitimité se reconstruit à chaque rencontre, à chaque prise de parole, à chaque livrable.
C'est inconfortable au début. Puis on découvre que c'est une chance. La légitimité héritée fait paresser. La légitimité construite, elle, force à rester clair, à argumenter ses positions, à produire des preuves visibles de sa valeur. C'est probablement le changement le plus structurant de ces six premiers mois, même si l'expérience passée et le chemin parcouru aident beaucoup.
Quand l'organigramme ne parle plus pour vous, il faut apprendre à parler pour vous-même. Et c'est, paradoxalement, beaucoup plus exigeant.
— Leçon du passage à l'entrepreneuriatCe que j'ai dû apprendre en repartant de zéro
Trois sujets qui n'existaient pas — ou très peu — dans la vie de DGA, et qui sont devenus quotidiens.
1. Vendre soi-même son temps
Dans un groupe, on ne « vend » pas son temps : il est budgété. En tant que dirigeant indépendant, chaque heure facturable se conquiert. C'est un muscle qui ne se développe pas en formation initiale d'ingénieur ou de gestionnaire. Il se développe en faisant — souvent maladroitement au début.
2. Bâtir son image extérieure
En grande entreprise, l'image est portée par la marque. En indépendant, elle est portée par vous. Site web, LinkedIn, prises de parole, contenu : tout doit être construit, tenu à jour, et cohérent. C'est précisément pour cette raison que j'ai créé ACTUKO comme marque ombrelle, plutôt que de m'appuyer sur mon seul nom.
3. Gérer la solitude des décisions
En entreprise, on décide à plusieurs — ou au moins, on décide après avoir discuté. En indépendant, beaucoup de décisions se prennent seul. Et personne, dans l'environnement immédiat, ne porte le même poids que vous. Cette solitude est probablement le sujet le plus sous-estimé par les profils qui sautent le pas.
Pourquoi cela compte pour les clients que j'accompagne
Si j'écris ces lignes, ce n'est pas par nostalgie. C'est parce que ce passage a directement façonné la manière dont j'accompagne mes clients aujourd'hui. J'ai vécu, de l'intérieur, ce que c'est de devoir prouver sa valeur dans un cadre établi et devoir construire sa valeur sans cadre du tout.
Cette double expérience change profondément la façon de poser un diagnostic, de cadrer une mission, de livrer une recommandation. On sait reconnaître les habitudes qui freinent une organisation grande, et celles qui empêchent une organisation jeune de grandir. C'est l'un des socles silencieux de mes missions.
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L'essentiel à retenir
- Passer de DGA à entrepreneur n'est pas un changement de poste, c'est un changement de monde : certaines habitudes se transposent, d'autres doivent être abandonnées sans regret.
- Ce qui se garde : la rigueur de pilotage (un tableau de bord suivi religieusement) et l'exigence du livrable (rien ne part sans être relu, structuré, synthétisé).
- Ce qui s'abandonne : la culture de la réunion (chaque heure non vendue est un coût) et la légitimité héritée de l'organigramme, qu'il faut désormais reconstruire à chaque rencontre.
- Trois apprentissages neufs s'imposent en indépendant : vendre son temps, bâtir son image, gérer la solitude des décisions.
- Cette double expérience — prouver sa valeur dans un cadre établi et la construire sans cadre — façonne aujourd'hui la manière dont ACTUKO et Konsultia accompagnent les dirigeants.
De DGA à entrepreneur,
les questions qu'on me pose.
Ce que demandent souvent les dirigeants et cadres qui envisagent, eux aussi, de quitter un grand groupe pour entreprendre.
Une autre question ? Écrivez-moi →Sources & références
- APEC, Les pratiques managériales des cadres dirigeants en France, baromètre annuel 2024. apec.fr
- Bpifrance Le Lab, Études et ressources sur l'entrepreneuriat et la transformation des dirigeants (pour aller plus loin). lelab.bpifrance.fr
- France Num (DGE), Ressources pour les dirigeants de TPE-PME : création, structuration, transformation (pour aller plus loin). francenum.gouv.fr
- CCI France, Accompagnement à la création et au développement d'entreprise (pour aller plus loin). cci.fr

L'auteur
Arnaud Parisot
Président d'ACTUKO · Conseil, IA, communication visuelle & contenus digitaux
Arnaud Parisot accompagne les dirigeants de TPE, PME, PMI et ETI sur leurs enjeux de stratégie, IA, structuration, pilotage de projets et transformation opérationnelle.
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