Diriger en 2026 : cinq erreurs que je ne referai jamais
Vingt-trois ans dans la même structure, dont un rôle de Directeur Général Adjoint d'une entité de 70 collaborateurs et au comité de direction d'un groupe de 2 400 personnes. Avec le recul, certaines erreurs reviennent. Pas par malchance — par construction. Voici les cinq erreurs de direction que je ne referai jamais, et ce qu'elles m'ont appris.
Dans cet article
- Erreur 1 — Confondre activité et performance
- Erreur 2 — Reporter les décisions difficiles
- Erreur 3 — Sous-estimer l'écart entre stratégie et exécution
- Erreur 4 — Garder trop longtemps les mauvais choix de personnes
- Erreur 5 — Croire qu'on peut tout porter seul
- Ce que j'aurais fait différemment dès le départ
- Questions fréquentes
Confondre activité et performance
Une équipe occupée n'est pas une équipe performante. C'est l'une des confusions les plus tenaces du management opérationnel. On voit les agendas pleins, les réunions enchaînées, les emails qui défilent — et on en déduit que l'organisation tourne. Ce qu'on ne voit pas, c'est le ratio entre le temps passé et la valeur réellement produite pour le client final.
D'après une étude conjointe de Microsoft et LinkedIn publiée en 2024, les cadres dirigeants français passent en moyenne 57 % de leur temps en communication (réunions, emails, messages instantanés) — laissant moins de la moitié pour la production réelle de valeur. [1]
Pendant des années, j'ai confondu une équipe qui répond vite avec une équipe qui décide bien. C'est exactement l'inverse.
À RETENIR : avant chaque comité, demander à voir trois chiffres seulement. Pas vingt. Trois. Le reste, c'est du bruit. Et séparer clairement, dans chaque revue d'équipe, ce qui relève de l'activité (tâches faites) et ce qui relève de la performance (résultats mesurables).
Reporter les décisions difficiles
Une décision difficile reportée n'est pas une décision plus mûre — c'est une décision dégradée. Le délai n'apporte presque jamais d'information nouvelle décisive. Il apporte de la fatigue, de la lassitude, et un coût d'opportunité souvent invisible mais bien réel.
Exemple concret : attendre six mois pour repositionner une offre commerciale, c'est six mois de mauvaise marge accumulée, six mois d'équipe démotivée sur un produit qui ne se vend pas, et six mois pendant lesquels la concurrence avance.
Si vous avez 80 % de l'information, décidez. Les 20 % restants n'arriveront pas en deux semaines de plus, mais le coût du report, lui, sera bien réel.
Ce que je fais maintenant : je m'astreins à une règle simple — toute décision identifiée comme « à prendre » dans un comité doit être tranchée dans les 15 jours. Si elle ne l'est pas, c'est qu'elle n'est pas mûre, et il faut le formaliser explicitement plutôt que de la laisser en suspens.
Sous-estimer l'écart entre stratégie et exécution
Une stratégie claire en comité de direction ne devient pas automatiquement une exécution claire sur le terrain. Entre les deux, il y a la transformation, l'appropriation, les habitudes, les outils, et surtout les personnes. D'après l'Harvard Business Review, 67 % des stratégies bien conçues échouent au stade de l'exécution. [2]
C'est exactement ce qui m'est arrivé à plusieurs reprises. Un plan stratégique validé, une feuille de route partagée, puis trois mois plus tard : rien ou presque ne s'est passé. Pas par mauvaise volonté — par manque de traduction opérationnelle. Personne, dans la chaîne, ne savait exactement ce qui changeait dans son quotidien.
Ce que je fais maintenant : chaque décision stratégique doit être déclinée en trois éléments concrets, dès la réunion qui la valide :
- Qui fait quoi, précisément (nom, pas fonction)
- Quand exactement le premier livrable est attendu
- Comment on mesurera le succès dans 90 jours
Sans ces trois éléments, la décision retourne dans la pile « à cadrer ». Pas de validation symbolique sans plan d'exécution joint.
Garder trop longtemps les mauvais choix de personnes
C'est probablement la plus coûteuse de toutes — et la plus universelle. Quand on sait qu'un collaborateur n'est plus à sa place, on le sait souvent depuis des mois. Mais on retarde, par fidélité, par compassion, par crainte du conflit ou simplement parce que le sujet est désagréable.
Le coût d'un mauvais maintien dépasse largement le coût du remplacement : démotivation de l'équipe autour, perte de crédibilité du management, charge indirecte sur les collègues qui compensent, opportunités manquées. D'après Bpifrance, le coût caché d'un mauvais recrutement maintenu plus de 12 mois s'élève en moyenne à 1,5 fois le salaire annuel brut. [3]
Une personne qui n'est pas à sa place ne le sait pas toujours. Mais l'équipe autour, elle, le sait. Et elle vous observe pour savoir combien de temps vous allez tolérer la situation.
— Leçon apprise à mes dépensCe que je fais maintenant : j'agis dans les 90 jours suivant le constat clair. Soit on remet en place avec un plan d'accompagnement chiffré (objectifs, formation, échéance), soit on sépare proprement. Mais on ne laisse pas pourrir. Jamais.
Croire qu'on peut tout porter seul
C'est l'erreur qui m'a poursuivi le plus longtemps. Penser que parce qu'on est responsable, on doit tout porter. Tout savoir. Tout valider. Tout surveiller. Résultat : épuisement progressif, équipes infantilisées, goulots d'étranglement permanents, et un dirigeant qui finit par devenir le principal frein de son organisation.
Ce n'est pas un défaut de courage — c'est souvent l'inverse. C'est un excès de sens des responsabilités. Mais l'effet est le même : une organisation qui ne grandit plus parce qu'elle est limitée par la bande passante d'une seule personne.
Ce que je fais maintenant : je m'oblige à passer un temps explicite chaque semaine à déléguer — pas seulement des tâches, mais des décisions. Et je tiens un journal des décisions que je n'aurais pas dû reprendre à mon compte. Chaque ligne ajoutée est un signal d'alerte sur ma propre capacité à lâcher prise.
Ce que j'aurais fait différemment dès le départ
Avec le recul, ces cinq erreurs ont un point commun : elles viennent toutes d'un manque de clarté. Clarté sur la performance vs l'activité, clarté sur les décisions à prendre, clarté sur l'exécution attendue, clarté sur les personnes, clarté sur ce que je dois — et ne dois pas — porter moi-même.
La bonne nouvelle, c'est que la clarté se travaille. Elle ne vient pas de l'expérience seule (sinon les vieux dirigeants seraient tous excellents). Elle vient d'un cadre de pilotage qui force à dire les choses, à mesurer, à décider, à séparer ce qui compte du reste. C'est précisément ce que je construis avec les dirigeants que j'accompagne.
Si certaines de ces erreurs vous parlent — et statistiquement, au moins deux sur cinq doivent vous être familières — alors le bon point de départ n'est pas un livre de management. C'est un audit honnête, mené avec quelqu'un d'extérieur, sur où votre organisation perd réellement de la valeur aujourd'hui.
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L'essentiel à retenir
- Une équipe occupée n'est pas performante : séparer toujours l'activité (tâches faites) de la performance (résultats mesurables).
- Une décision difficile reportée est une décision dégradée : avec 80 % de l'information, trancher plutôt qu'attendre.
- Une stratégie claire ne devient pas une exécution claire : décliner chaque décision en qui, quand, comment on mesure.
- Garder un mauvais choix de personne coûte plus cher que de le corriger : agir dans les 90 jours, accompagner ou séparer proprement.
- Vouloir tout porter seul fait du dirigeant le frein de son organisation : déléguer non seulement les tâches, mais les décisions.
Diriger en 2026,
les questions qui reviennent.
Les questions que se posent le plus souvent les dirigeants sur les erreurs de direction, le pilotage et la clarté managériale.
Une autre question ? Écrivez-moi →Sources & références
- Microsoft & LinkedIn, Work Trend Index Annual Report 2024 — AI at Work Is Here. Now Comes the Hard Part, mai 2024. microsoft.com/worklab
- Harvard Business Review, Why Strategy Execution Unravels — and What to Do About It, M. Mankins & R. Steele, 2015 (étude réitérée par Bain en 2023). hbr.org
- Bpifrance Le Lab, Le coût caché des recrutements ratés en PME, étude 2023. lelab.bpifrance.fr
- INSEE, Tableau de bord de l'emploi et de la productivité — France 2024. insee.fr
- APEC, Les pratiques managériales des cadres dirigeants en France, baromètre annuel 2024. apec.fr

L'auteur
Arnaud Parisot
Président d'ACTUKO · Conseil, IA, communication visuelle & contenus digitaux
Arnaud Parisot accompagne les dirigeants de TPE, PME, PMI et ETI sur leurs enjeux de stratégie, IA, structuration, pilotage de projets et transformation opérationnelle.
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